Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:48

 

 

Avoir eu un père.

Avoir eu un grand-père pour ses enfants.

Puis être orpheline

 

 

Avoir eu un père qui s’était offert la maison de ses rêves pour ses rêves.

La maison de ses rêves pour accueillir ses enfants et ses petits enfants.

N’avoir pas eu beaucoup de temps pour rêver à cette maison.

N’avoir jamais eu l’occasion d’y boire un apéro sur la terrasse avec son père.

Savoir que lui n’y est allé que 3 fois avant de ne plus être.

Avoir le coeur fendu.

La retraite est parfois courte et les rêves volatils.

 

 

Devoir se séparer de la maison de ses rêves à lui.

(En profiter un été quand même)

Avoir des acheteurs qui trouvent que cette maison est celle de leurs rêves.

 

Se préparer à faire place nette.

 

Grand voyage : de Lille à L’île.

Prévoir des douceurs pour le voyage. Dévaliser les rayons sucre-gras et gras sucré.

Emporter une boite de haricots verts, histoire d’avoir un peu de fibres.

 

Monter dans le camion jaune sous le ciel gris.

Traverser la France.

Arriver à Marseille sous le ciel bleu.

Monter dans le bateau blanc et boire un coup de rouge pour se mettre du baume au cœur.

 

Arriver sur l’île le lendemain matin.

Sous un ciel gris.

 

Monter à la maison.

Pester contre les voleurs d’herbe aussi verte que synthétique (salopards !).

 

Et puis, ouvrir les placards.

Vider les armoires.

Prendre les pantalons, polos, slips, chaussettes qu’il avait prévu de mettre dans sa maison de rêves.

Ne pas chercher dans le détail. Ne pas mettre son nez sur les pulls. Ne pas les respirer.

Emballer. Donner.

 

 

Jeter la brosse à dents, le dentifrice.

Garder le shampoing pour se laver les cheveux.

Se demander ce qu’on va faire de son parfum.

Avoir le tord de le sentir. Se souvenir.

Être incapable de le jeter. Ne pas vouloir le prendre.

Se trouver un peu con quand même.

 

Plier le linge de lit, les serviettes, les gants de toilettes.

 

Trouver le tiroir à bordel.

Voir les plans du futur jardin de rêve qui ne sera jamais fini.

Voir les croquis de « l’extension pour recevoir les copains et la famille ».

Savoir que la maison ne sera jamais extendue.

Plier. Hésiter à jeter.

Garder.

 

Détester fouiner.

Abhorrer l’idée de devoir faire le tri de ce qui vaut la peine d’être gardé…

L’avoir, la peine, pleine et entière.

 

Ouvrir le placard à victuailles :

Trouver 7 boites de haricots verts.

7 boites de haricots verts ???? Se marrer : nan, mais sérieux, il avait quoi, notre père, avec les haricots verts ?????

Un peu d’huile, de thon et même du thon à l’huile.

 

Et « une bouteille de champagne  pour fêter ça ».

Se demander quand on pourra « fêter ça » puis fêter quoi, d’abord.

 

 

Remplir le camion jaune de choses à jeter, de choses à donner, de choses à garder.

 

 

Laver la maison.

 

Préparer une maison propre.

Prête à accueillir d’autres rêves, d’autres fêtes, d’autres rires.

 

 

Et puis partir.

Fermer la porte pour toujours.

Fermer la porte de la maison de ses rêves à lui.

 

Repartir vers la mer sous un ciel qui a le bon goût de se mettre à pleurer à notre place.

 

Faire le chemin inverse.

La route de retour.

Ne pas parler beaucoup.

 

Vider, trier, laver.

Ranger les 7 boites de haricots verts dans le placard à conserve.

Enfin… ne pas ranger les haricots verts… pas la place…

Dans le placard de chez nous, y’a déjà 6 boites + celle qu’on devait manger pendant le voyage… pour les fibres.

 

Savoir de qui on tient notre problème avec les haricots verts.

Comprendre qu’on a hérité…

Se marrer.

 

 

Et se dire que maintenant, y’a peut-être aussi la place pour une autre maison de rêves.

Peut-être…

 Et puis, au pire, il nous reste les haricots verts... espoirs ?

 

 

Je remercie Gilles, Alex et Cathy pour leur bonne humeur qui a bien fait chaud au cœur quand tout était froid.

Un bécot chaud au chéri qui est là quand il faut...

 

Et je croise bien fort mes petits doigts boudinés pour que les acheteurs aient leur accord de prêt.

Dans la maison, je ne veux plus y retourner… y’a plus de haricots verts, là-bas !

 

 

 

(Bon, après, j’arrête avec mes trucs tristounes… promis ! Soyez rassurés, les marmots mettent tout en œuvre pour que j’ai de la réserve de trucs marrants ! Sinon, pour ceux qui n'ont pas braillé, y'a cet article là... qu'est bien beau, mais qu'est bien triste aussi)

 

Allez, je mets des trucs marrants sur profil FB, on peut au moins se marrer là-bas ! Il suffit de liker !

 

 

 IMG_0334.jpg

Hé ! Regardez si ça c'est pas une belle vue !!!

 

IMG_2588.jpg

Hé regardez si c'est ouf ! J'ai la corse sur mes doigts boudinés (où qu'il faut que je mette de la crème et je dois croiser pour le prêt des futurs acheteurs)... Plaie héritée d'une projection de nougatine... Plaie qui date de l'achat de la maison des rêves de mon père... C'est ouf, non ?

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Partager cet article

Repost 0
Published by 4enfants2bras - dans Qu'est-ce qu'on mange
commenter cet article

commentaires

LilMum 24/05/2013 00:17

Un très beau récit, plein d'amour d'une petite fille devenue grande, pour son papa:)
Bon courage pour la suite du chemin qu'est le deuil.

Bealapoizon 22/05/2013 21:52

oh purée... nan j'ai même pas chialé (grâce aux haricots verts) mais quand même, je suis toute retournée...
Courage à toi, à vous... j'ai presque envie de dire que le plus dur est fait mais je sais que ce n'est pas vrai... il va falloir passer par toutes les premières fois...
PS : ne jette surtout pas le parfum... ( je te tutoie t'avais qu'à pas m'émouvoir autant)

CooknFocus 21/05/2013 23:05

Un récit pareil témoigne d'une immense gratitude envers celui qu'on a perdu. De jolies idées, de jolis sentiments qui nous ramènent chacun à notre condition d'enfant devenus grands.

Becky 21/05/2013 13:33

Bon courage pour tourner la page mais les souvenirs resteront du bonheur pour toujours. Et sympa le "skin tatoo" ;)

Nat et ses oursons 21/05/2013 13:03

Je comprends tellement... ♥

Texte Libre

facebook_icon.1287526277.png

Recherche

Texte Libre

Archives