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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 20:23

Bon, je préviens, on ne va pas se marrer comme des baleines sur coup là. (En même temps, que serait le rire s’il n’y avait pas les larmes ??)

 

Mais, je vais tâcher d’éviter de faire dans le pathos ramollo… mais en même temps le sujet n’est pas super rigolo.

 

 

Avoir 38 ans.

N’être plus du tout une enfant ?

Avoir des parents… être leur enfant.

 

Un jour de février (ou plutôt une nuit mais en revanche, c’est en février, parce que en février, ça caille), recevoir un coup de fil.

Vue l’heure tardive, décrocher… se douter que ce n’est pas forcément pour une bonne nouvelle… c’est ça avec les coups de fil de nuit.

Entendre : « bonjour, c’est l’hôpital, je vous appelle parce qu’on a un souci avec votre père… Je vous passe le chirurgien »

Se sentir un peu soulagée… Un souci, c’est pas grave… Pétard à mèche, il a dû faire une andouillerie… mais d’abord, qu’est-ce qu’il fout à l’hôpital ??

 

Avoir le chirurgien. Comprendre rapidement que la standardiste et nous, on n’a pas le même sens « du souci »… ou alors, si la mort est un souci, un cancer c’est quoi ?? Un contretemps ??

Passer… comprendre que en fait, on n’a plus de papa.

D’un coup d’un seul, comme ça, sans prévenir.

Aussi simple que ça.

 

Comprendre qu’on est orpheline de père… à 38 ans…

Ne pas pleurer.

 

Avoir l’impression d’être vidée de son sang, de perdre la moitié de ses chromosomes d’un coup. Mais n'être pas vidée de ses larmes.

 

Et puis, gérer le matériel.

Ayant eu la joie d’être appelée la première (le privilège d’être l’ainée, sûrement), comprendre qu’on va devoir prendre le rôle de celle qui fait sonner le téléphone dans la nuit.

Avoir peur de faire peur.

Avoir envie d’être positive, de présenter les choses bien, pour épargner…

Se rendre compte qu’on ne peut pas édulcorer la mort.

 

Appeler. Faire pleurer.

Mais ne pas pleurer.

Tant qu’on est dans les coups de fils, avoir envie d’appeler son père, pour lui dire que là, vraiment, c’est allé trop loin, qu’il faut arrêter de déconner, se ménager… sinon ça va mal finir.

 

Réaliser que ça c’est mal fini.

Se dire que la mort, c’est vachement définitif comme truc.

 

Ne toujours pas pleurer.

 

Et puis, faire des trucs qu’on n’a jamais faits et qu’on aurait préféré ne pas faire ou pas ce jour-là ni un autre jour d’ailleurs.

Se retrouver à choisir un cercueil sur catalogue.

Répondre à des questions qui nous laissent de marbre et qu’on n'est pas sûre de comprendre : satin ou draps capitonnés ? Poignées or ou bronze ?

Mais on parle quoi ? Dernières tendances ??

 

Nan, on parle mort.

(Trouver l’envie de rigoler quand même quand on voit qu’il existe des urnes funéraires en forme de faux bouquins. Se retrouver dans un faux exemplaire des mémoires d’outre-tombe, coincé entre une BD des Bidochon et un annuaire… mort de rire)

 

Et puis choisir les habits : ouvrir les armoires de son père (détester faire ça… on n'ouvre jamais les armoires des autres… ou alors, c’est qu’on est un voleur… ou bien, c’est que quelqu’un est mort... et on n’est pas une voleuse). Constater qu’il n’avait visiblement pas prévu de mourir… ou en tous cas qu’il n’avait pas prévu d’être classe pour sa mort. Composer avec ce qu’on trouve. Un short ? Euh… non… un vieux tee-shirt pourri ? pas sûre… Faire simple, trouver un pull à peu près correct et un jean pas trop moche.

 

Gérer la cérémonie. Ne pas pleurer.

Être prise dans les bras de gens qu’on ne connaît pas et qui pleurent.

Être une grande fille, ne vraiment pas pleurer.

 

 

Et un jour, comprendre que tout au fond de nous, il y a une petite fille avec des couettes qui pleure son papa.

Que dedans de nous, on est orpheline.

Que tout au dedans de nous on pleure beaucoup.

Que petit à petit, on se remplit de larmes et qu’un jour, ça va déborder.

 

 

Se dire que personne ne voit la petite fille qui pleure, parce qu’on est grande, on n’a plus de couettes…

 

 

Et puis, un jour, entendre la cadette dire : ben, moi, Papyves, il vit dans ma tête et il rigole et il boit des coups.

Se dire qu’elle a tout compris, la cadette…

Mais, nous dans notre tête, on a aussi une petite fille avec des couettes et qui pleure son papa qui n’est plus là.

 

Allez voir un chouette spectacle de Jérôme Aubineau sur le père et laisser la petite fille pleurer, elle peut, il fait noir. Tout noir. Personne ne la voit pleurer.

 

 

Et comprendre que jamais plus on n’entendra son père se marrer, jamais plus il nous appellera le dimanche à 7 heures du mat en disant : ben quoi, tu dors ??? Jamais il ne verra que sa petite fille sait nager sans les brassards, jamais plus il ne pincera la joue des marmots… jamais plus… parce que la mort, ben c’est pour toujours.

 

Se dire que c’est une évidence et qu’il n’est pas non plus le genre à ressusciter, mais se dire encore parfois que ça n’est peut-être pas vrai…

Et savoir, que c’est vrai.

 

 

Et puis enfin, laisser pleurer la grande fille de 38 ans qui n’a plus son papa.

 

 

 

Et puis finalement se souvenir… comme la cadette, faire vivre les souvenirs (et trouver ça vachement balèze, se dire qu’on est un peu Dieu, parce qu’on arrive à faire revivre notre père quand même).

 

Se souvenir et même réussir à se marrer… (En fait, on est même vachement plus balèze que Dieu, parce qu’on arrive à rire avec un truc pas drôle comme la mort)

Et commencer à consoler la petite fille à couettes qui vit dans notre tête.

 

Et se poiler, se bidonner en se souvenant des bonnes choses…

Et petit à petit, consoler la grande fille qu’on est.

 

 

Et finalement, se dire que la bonne nouvelle, c’est de savoir qu’on a encore des couettes… certes des couettes internes, mais des couettes quand même.

 

 

Bon, allez zou, c'était un petit coup de mou (humide)... Ben, ça fait du bien...

 

Cela dit, vous avez le droit d'aller vous marrer avec le dernier article de Marie-Poulette sur les générations...

 

Sinon, y'a le profil FB de 4E2B

 

Et les clics pour le concours Famili...

 

(bon, j'avais forcément pas de super photo à mettre... faut pas pousser quand même... allez, encore une petite larmichette, alors. Merci Brassens... Merci Leforestier)

 


 

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commentaires

François 24/06/2013 22:20

J'ai eu la douleur de perdre mon père puis ma mère à la vingtaine à peine passée. Je ne peux que me reconnaitre dans ton texte, merci de mettre des mots sur ce que j'ai moi aussi ressenti.

Sampatanka© 17/06/2013 12:05

Suivre un lien posté par une amie sur Facebook.

Lire des histoires de parents pas trop parfaits, d'enfants marrants et de fessées.
Trouver que c'est sympa par ici et se mettre à fouiller dans les archives.

Tomber sur cet article et mettre un certain temps à le finir. Se dire que c'est chouette d'être un garçon, rapport au mascara qui bave pas...

Les mots me manquent : touché en plein coeur !

Merci

Expérience très similaire, dont je parle ici http://monsieursampatanka.blogspot.fr/2012/11/il-va-falloir-sy-habituer.html

virginie 21/05/2013 15:53

tellement vrai, pour avoir connu ça :'( ! désolée, je verse ma larme...

Ninie Pouce 21/05/2013 00:26

Orpheline de maman depuis peu, je me retrouve un peu dans ton texte

Dlf 02/02/2013 02:35

Wouah........silence....pensées pour nos papas partis bien trop tôt....merci pour ce texte magnifique qui résonne en moi qui suis vidée depuis le 16 janvier dernier à 16h.....une fille à couette de
37 ans........

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